Colonie de fourmis envahissant un tiroir de cuisine à la recherche de nourriture
décembre 28, 2024

Désinsectisation des fourmis : à la charge du locataire ?

Par Guillaume Castagné

La désinsectisation des fourmis est à la charge du locataire lorsque l’infestation apparaît en cours de bail et relève de l’entretien courant : c’est le principe du décret n° 87-712 du 26 août 1987 sur les réparations locatives. Elle revient en revanche au propriétaire quand les fourmis étaient déjà là à l’entrée dans les lieux ou qu’elles entrent par un défaut du bâti (fissure, joint, humidité), car la loi ELAN de 2018 impose un logement « exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et de parasites ». En copropriété, les parties communes relèvent du syndic.

L’essentiel

  • Fourmis apparues pendant la location et liées à l’usage (miettes, sucre, poubelle) : traitement à la charge du locataire.
  • Fourmis présentes à l’entrée dans les lieux ou entrant par un défaut du bâti : à la charge du propriétaire.
  • Parties communes d’un immeuble : copropriété ou bailleur.
  • Textes de référence : décret n° 87-712 du 26 août 1987 et loi ELAN du 23 novembre 2018.
  • Avant tout litige : photos datées, courrier au bailleur, puis commission départementale de conciliation.
  • La plupart des invasions de fourmis noires se règlent avec hygiène, appâts en gel et colmatage des entrées.

Désinsectisation des fourmis : locataire ou propriétaire, que dit la loi ?

Deux textes se complètent. Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 liste les réparations locatives : tout ce qui relève de l’entretien courant et des menues réparations incombe au locataire. Une colonne de fourmis attirée par un pot de confiture mal fermé ou une poubelle entre dans cette catégorie, exactement comme le remplacement d’un joint de robinet.

La loi ELAN du 23 novembre 2018 a, elle, complété la définition du logement décent : il doit être « exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et de parasites ». Le propriétaire doit donc livrer un logement sans infestation et sans défaut structurel favorisant l’arrivée des insectes. Si les fourmis traversent un mur fissuré, passent par un seuil de porte disjoint ou prospèrent dans une cloison humide, la cause est dans le bâti et le traitement lui revient, de même que la réparation.

Entre les deux, la frontière se trace avec une question simple : d’où viennent les fourmis et pourquoi sont-elles là ? Nourriture accessible et miettes au sol = usage du logement = locataire. Entrée par un défaut du bâtiment ou infestation installée avant la remise des clés = propriétaire.

SituationQui paie la désinsectisation ?Base
Fourmis apparues en cours de bail, attirées par la nourritureLocataireDécret n° 87-712 (entretien courant)
Fourmis déjà présentes à l’état des lieux d’entréePropriétaireLoi ELAN (logement décent)
Entrée par une fissure, un joint, une cloison humidePropriétaire (traitement + réparation)Loi ELAN (défaut du bâti)
Cage d’escalier, local poubelles, courCopropriété ou bailleur de l’immeubleCharges de parties communes
Nid de fourmis dans le jardin d’une maison louéeLocataire pour l’entretien courant du jardin ; propriétaire si dégât sur le bâtiDécret n° 87-712

Comment prouver l’origine de l’infestation ?

Tout se joue sur les preuves. L’état des lieux d’entrée est le document clé : si des fourmis ou des traces (chemins de fourmis le long des plinthes, poudre de bois, insectes ailés en juin) y sont mentionnées, le propriétaire ne pourra pas invoquer un défaut d’entretien. Pensez aussi à photographier dès les premiers jours une fissure, un trou de passage de gaine ou une trace d’humidité d’où sortent les insectes.

Ensuite, écrivez au bailleur (courriel puis lettre recommandée) en décrivant précisément le problème, son origine supposée et les photos datées. Beaucoup de litiges s’arrêtent là. Si le désaccord persiste, la commission départementale de conciliation peut être saisie gratuitement avant toute action en justice. Le locataire ne doit pas, en revanche, déduire de lui-même une facture du loyer : cette retenue unilatérale l’expose à un impayé.

Il est utile de rappeler que la question se pose pour d’autres insectes, parfois avec une logique différente. Ainsi, les punaises de lit sont presque toujours apportées dans les bagages ou les meubles d’occasion : si elles apparaissent en cours de bail, la charge revient en principe au locataire, sauf infestation présente à l’arrivée.

Quelles fourmis envahissent les logements ?

En France, l’intruse la plus fréquente est la fourmi noire des jardins, Lasius niger, dont le nid est dehors (sous une dalle, une terrasse, dans la pelouse) et qui envoie ses ouvrières chercher du sucre dans la cuisine, surtout d’avril à septembre. Les fourmis ailées qui surgissent par dizaines un soir chaud de juin ou juillet sont ses sexués en vol nuptial : impressionnant mais sans danger, et terminé en quelques heures.

Plus rares, la fourmi pharaon (Monomorium pharaonis) niche à l’intérieur des bâtiments chauffés, dans les gaines et les cloisons, et forme des colonies à plusieurs reines qui exigent un traitement professionnel de l’immeuble entier. Les fourmis charpentières (Camponotus) creusent le bois humide : leur présence révèle souvent un bâti dégradé par l’humidité, donc un problème qui concerne le propriétaire.

Comment se débarrasser des fourmis dans un logement loué ?

Quelle que soit la personne qui paie, les gestes efficaces sont les mêmes :

  1. Supprimer l’attrait : nettoyer les surfaces au vinaigre blanc ou au savon pour effacer la piste chimique, stocker sucre, miel, croquettes et fruits dans des boîtes fermées, vider la poubelle chaque soir.
  2. Trouver le point d’entrée : suivre la file de fourmis jusqu’au trou ou au joint, puis le colmater (mastic, silicone, joint de seuil).
  3. Poser des appâts en gel ou en boîte plutôt que de pulvériser : les ouvrières rapportent l’appât au nid et la colonie décline en une à deux semaines. Un spray tue les fourmis visibles mais pas la reine, et disperse parfois la colonie en plusieurs nids.
  4. Faire appel à un professionnel quand les fourmis reviennent malgré tout, quand le nid est dans une cloison ou pour les fourmis pharaons. Les insecticides professionnels sont réservés aux titulaires du Certibiocide et les gels de qualité professionnelle ne se trouvent pas en grande surface.

Côté prévention, l’utilisation de répulsifs naturels comme la lavande, la menthe ou le citron sur les seuils peut détourner une piste de fourmis ; elle ne remplace pas le colmatage ni les appâts quand la colonie est installée. Les répulsifs à base d’huiles essentielles s’utilisent avec précaution en présence d’enfants et d’animaux.

Et les fourmis dans le jardin d’une location ?

Dans une maison louée, l’entretien courant du jardin (tonte, désherbage, petites réparations) incombe au locataire selon le décret de 1987. Une fourmilière dans la pelouse n’est pas un sinistre et ne justifie pas, en soi, une intervention.L’élimination des nuisibles dans un jardin change de nature lorsqu’il s’agit d’un nid de guêpes ou de frelons : le danger de piqûres multiples impose un professionnel, et le coût de la destruction, en général 80 à 150 € selon la fourchette citée par la MAIF, revient à celui qui occupe les lieux, sauf clause contraire du bail ou nid dans la structure du bâtiment.

Sur le terrain avec ALLO FRELONS

Notre réseau est spécialisé dans les guêpes et les frelons, mais les appels pour des fourmis arrivent chaque printemps, souvent de locataires qui se demandent d’abord « qui doit payer ». Ce que nous constatons : dans la grande majorité des cas, le nid est dehors et la cuisine n’est qu’un garde-manger ; une semaine d’hygiène stricte et deux appâts en gel suffisent, sans facture ni conflit. Le vrai signal d’alerte, c’est une colonie qui sort d’un mur ou d’une cloison humide : photographiez, prévenez le bailleur par écrit et faites diagnostiquer avant de traiter.

Questions fréquentes

La désinsectisation des fourmis est-elle à la charge du locataire ?

Oui si les fourmis sont apparues pendant la location et qu’elles sont attirées par la nourriture ou le mode de vie : c’est de l’entretien courant (décret n° 87-712). Non si elles étaient présentes à l’entrée ou entrent par un défaut du bâtiment : le propriétaire doit traiter et réparer (loi ELAN).

Le propriétaire peut-il refuser de payer la désinsectisation ?

Il peut refuser quand l’infestation relève de l’usage du logement. Si vous prouvez un défaut du bâti ou une présence antérieure (état des lieux, photos datées), adressez une lettre recommandée puis saisissez la commission départementale de conciliation.

Qui paie la désinsectisation dans les parties communes ?

Le syndic de copropriété ou le bailleur de l’immeuble, via les charges. Un locataire ne traite jamais lui-même une cage d’escalier ou un local poubelles.

Faut-il un professionnel pour des fourmis dans un appartement ?

Rarement pour des fourmis noires venues du jardin : hygiène, colmatage et appâts en gel suffisent. Un professionnel s’impose pour les fourmis pharaons, un nid dans une cloison ou des retours répétés malgré le traitement.

Sources : décret n° 87-712 du 26 août 1987 relatif aux réparations locatives ; loi ELAN n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (définition du logement décent) ; service-public.fr (commission départementale de conciliation) ; ministère chargé de l’environnement (Certibiocide) ; MAIF (coût de destruction d’un nid de guêpes ou de frelons).

Article mis à jour en octobre 2026.

Dernière modification le octobre 18, 2026 par Guillaume Castagné